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Expiration et tréma

Saturday 16 August 2008
Voilà. Un changement.
Etendu sur mon lit, perché au fond de ce dédale biscornu et poussiéreux de cages d'escaliers, mon petit nid.
A moi.
Il y a une petit musique de blues. Dehors chantonne une pluie fine. C'est un peu triste, pour un été, mais on le sait ce dernier s'achève dès que le 15 Août passe.

Ce 15 Août, d'ailleurs.
Les événements se sont rejoints, symboles forts; ensemble comme en un rituel invocatoire ils ont placé sans lutte possible la pensée dans l'espace de la mélancolie.
Je reviens quelques pages en arrière dans mon carnet de secrets, et retrouve les écrits, intacts; il y a un an, quatre mois. Et aujourd'hui soudain, après tout ce temps et ces milliers de façons d'oublier, elle, sous mes doigts.
Ma première nuit ici, et la voilà, endormie et au goût de fumée, mais je la reconnais comme si elle était ma jumelle. Mes paumes se promènent avec la patience des morts et savent chaque creux. Je tente un baiser sur son épaule, cela me fait presque trembler. La peau est un peu moite, je me demande, si elle n'a pas trop chaud, alors je me sépare et fixe le plafond, pénombre striée par les jours des persiennes, et les bruits de la rue me parviennent.

Je n'arrive pas à dormir, et cela dure des heures, mais ëlle est là, toute oubliée à son sommeil...

Ëlle, au cœur amer, au corps aimé.
Au matin, lumière pâle sur les cartons épars. Elle dort, presque noyée sous la couette trop grande_ ëlle qui s'éclipsait toujours avant le jour. Mes doigts écorchés de fatigue enfoncent les nervures de son dos. Pas assez forts et bien trop sages car ils croient caresser un songe; il passent en une question sur des cicatrices qu'ils ne connaissaient pas, et dans son regard bleu acier qu'elle redessine de charbon d'un geste las, il y a de la fuite, et une éclat qui ne luit plus.
Meurtrissures, racontent ses yeux absents, et le courage qui manque à l'amour, pourquoi faut-il, encore, recommencer à zéro? Toi tu es un moment simple, dit-elle, puis hésite, et admet _un moment bien.

Un matin fiévreux sur les cartons épars. Mon téléphone saigne les nouvelles de l'Est, et je serre à mon âme les images des cheveux rouges de Croatie, le ventre distendu sur un lit de clinique et une vie qui ne sera pas.

Et moi j'ai pris la voiture et fait le tour de la ville pour trouver une pharmacie et des trucs de fille, mais les cigarettes, ça non, je ne fais pas. Chantage nicotine, et privé de la dessiner. Nous avons discuté un peu, pas longtemps. Ëlle est repartie; j'espère seulement qu'elle a trouvé ici un peu de rien, de confort, d'affection, et je savoure ce qu'elle laisse, la part sensuelle de mon être, pétrie à son corps et laissée pantelante, là, sous les gouttes de pluie.

15 Août, croulant sous la fatigue
Vide immense. Je me suis retourné sur un pan dense de solitude. Une gifle, si longtemps attendue, la sensation mêlée de vide immense et d'un monde bourré de coton.
C'est là que je t'ai appelée, toi que je prend et refuse si fort juste parce que tu es là. Je t'ai appelée pour te dire, pour te dire que là maintenant où les amours se rejoignent où le silence se fait où tout s'immobilise et un instant grand comme le temps alors c'est dans quel sens le prochain pas que je fais et bon dieu toi tu m'offres la vie et... et ...
et j'ai si peur de sauter...
Alors je t'ai demandé juste si tu allais bien et toi loin tu tenais en silence la main fripée de ta mamie consacrée à l'oubli.

Je m'écroule d'une sieste agitée.
Au réveil, j'ai emménagé mon lieu. Je n'ai pas tout à fait fini mais je le trouve déjà bien. C'est mieux que je croyais, et surtout, je redécouvre des sensations nécessaires. La paix de l'isolement. La retraite avec soi. Un certain besoin de l'autre, qui naît de ce vide que je ne trouvais plus.

Alors je me sens un élan. Je vais essayer que ce soit beau ici. J'emmènerai peut-être même un chevalet, mes pinceaux. J'essaierai que ce soit douillet, en rêvant un peu qu'elle y revienne. J'ai changé le lit de place, comme Cousinette l'imaginait la première fois que nous l'avons visité. Je ferais peut-être une crémaillère, pour voir combien il y rentre d'amis. Pour rire un peu, et aussi, pour ne pas trop que l'on m'oublie.
080816 telle que je la dessine

Comments

Oct. 2, 2008 22:51
Your work is beautiful, do you do small commissioned sketches like the one above, there is no way I could ever afford your paintings, unless I sold my grandmother, but I'd love to have any original work of yours....
Michaël
Oct. 21, 2008 23:01
Hi Isobel,
I don't take commissions, as a general rule.
I'm not sure I could use your grandmother neither,
since I already "own" a great one.
Well. Send me a postcard from your place,
I'll see what I can do.
Oct. 26, 2008 00:53
Thank you! That made my day....:)
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16/8/2008 Expiration et tréma