The Fool
La fumée d'une cigarette est un feu de bois,
et cette musique me tourne la tête.
Octobre enfin, le premier soir de l'hiver. Comme il s'est fait attendre!
J'ai défait les palettes dont les tâches de couleurs s'étaient figées en une matière plastique, de petits tas tous justes sortis des tubes et déjà abandonnés. En passant la main il y avait même une couche de poussière.
Nettoyer les godets, se souvenir de mes pigments fétiches, les appliquer un à un, organisés comme autrefois, sur la feuille vierge et lisse. En haut, à gauche, le blanc transparent. Au milieu la base chair pâle. Une laque de garance, un ocre, un bleu roi. Le noir, en haut, à droite.
J'ai été peintre. Je le sais, c'est au fond de moi.
Je me sens maladroit. Je ferme les yeux et respire. Souviens-toi!
Et cela remonte comme une sève qui aurait hiberné un été, le long des membres, au fil des doigts, cela se prolonge lentement dans les fins manches de bois, puis les poils un peu raidis qui s'ébrouent, se gorgent de la mollesse des jus, reprennent lentement de leur vie.
Cela gronde, cela brûle, cela jouit!
Je reviens ma peinture ! Je reviens avec l'hiver me blottir dans tes rêves, je me sauverai avec toi. Je rachèterai dans ta chair la haine ou la peine de tous ces derniers mois. Nous nous blottirons sous la couette, ton épiderme et mes mille caresses.
Ton pardon. Ma patience irraisonnée.
comptine légère pour coeurs gros
Michaël a posé sur son nez ses lunettes de vue spéciales yeux bouffis, a mis le chaton (peu coopératif) dans le sac en lui disant qu'on rentre à la maison, a fermé rapidement le bureau et a pédalé en direction des pas _ la même que le bar. Il est passé devant le porche d'église où une ombre recroquevillée comme une chauve-souris, mais à l'endroit, se tenait assise. Il n'était pas certain, mais il l'était presque. Alors il a arrêté sa course en freinant avec la semelle, et est venu lui parler. Elle a d'abord décliné très poliment en faisant mine de partir, et c'était bien naturel, car un porche d'église dans une ville déserte se doit de sembler inquiétant, au milieu de la nuit. Il l'a retenue par une phrase douce. Ils se sont assis tous les trois, deux coeurs en petits bouts et une petite boule d'amour qui enfonçait son minois dans les plis de la robe. Ils ont raconté leurs malheurs un moment. Ils se sont levés et la demoiselle, for élégante sans les sanglots, lui a dit merci, car je vais beaucoup mieux. Lui aussi, de fait, allait beaucoup mieux. Ils se sont serrés fort et ont souhaité une bonne nuit. C'est ainsi que Michaël a rencontré ...
Louise.
Pensées jetés
un mot abandonné retrouvé sur un petit carnet, 10 Octobre 2009, écrit-il
Toi qui me dis que tu apprends le français, et qui re-demandes ce tatouage de ma griffe à graver dans ta peau. Tu sais peut-être déjà que je ne le peux pas, mais tu essayes encore, tentant comme tu le peux, de ta petite voix, de ton grand Lointain, de me rappeler à Là où je peux encore donner quelque chose de fort, de l'ordre de l'esprit et de L'Amour. Petite fée, joli minois, tu es encore ici la Reine de tous mes rêves, l'appel vers les contrées où l'on n'existe qu'enveloppés de Lumière.
Pourquoi le Pragramatisme, garant de notre pain et de ce fait, de notre survie, est-il aussi de notre Humanité le plus grand ennemi ?
Toi qui voudrais qu'ensemble on s'élève, mais tu ne sais sans doute pas que s'élever vers un Ciel c'est un acte de Chute, car il nous faut tomber.
Tomber Amoureux. Tomber dans la tombe, tomber des étages, les dessous, le fond des êtres, tomber la veste, tomber dans l'excès.
Et contemplant ma fenêtre je pourrais sauter d'un étage juste pour affirmer que je sais combien il est beau d'être vivant, mais être vivant est le plus souvent interdit;
La gorge se serre en même me temps qu'un râle sourd, que la rage de crier, pour tous ces jours que j'ai laissés à l'abandon, alors que l'on peut vivre si fort si l'on ne craint plus les frontières de nous-même.
Pourquoi faut-il hélas que je me saoûle pour écrire ces quelques mots ?
Et puis finalement, avec un peu de recul, le grand lointain, ce n'était pas si loin.
Hélicoptère
Je bavardais avec un ami; il attendait sa belle, je guettais ma douce.
Dans un rêve toute absurdité paraît naturelle, aussi arriva-t-elle dans un gros hélicoptère. Celui-ci déchargea deux personnes, et je montai à leur suite. Elle était sur un des lits, avec un air souffreteux, pressant avec autorité les deux médecins affairés pour qu'ils s'occupent de sa migraine. Je posai mes affaires, m'assis, la fixais de mon meilleur sourire. Elle ne me vit pas.
La soute s'était refermée, je sentis la poussée en mon ventre lorsque la machine s'éleva dans un nuage de poussière grise. C'était une cour intérieure bordée de haut bâtiments qui formaient un puits rectangulaire. Le pilote prononça un juron sur un ton trop calme pour être optimiste lorsque la machine se déporta de trop sur la gauche. Un fracas de pales, la terreur stupéfaite des passagers figée dans un cri estomaqué. Ce fut très rapide et à la fois assez lent pour sentir l'effet grisant de la chute. Je me suis réveillé au moment où le sol de la cabine ramenait mes boyaux au niveau de ma gorge.
Je restai un moment, le coeur dans la poitrine battant violent et sourd, à savourer cette présence, puissante, vivante, de la sensation de mourir.
Je peux saisir la pertinence de la scène, c'est la continuité naturelle de cette manie, surtout en période de recherche et de conceptualisation de mes projets peinture, qui me fait traduire tout ressentit abstrait en figuration symbolique _ ce que l'inconscient du rêveur pratique à merveille.
Par contre, où va chercher notre cerveau cette mixture aussi détaillée qu'extrême, ce cocktail violent d'informations sensorielles qui nous feraient vivre la mort telle une gifle de vie, avec autant de réalisme?
Peut-être,
peut-être il se rappelle la sensation d'aimer.

Page remains
You asked why I'd sit on the floor.
Reaching out for a higher level of consciousness you must give up some comfort.
Or I enjoyed the point of view. Pretty, view.

aurore
Pendant cette soirée, imprévue, improbable, je me tenais plus droit que d'ordinaire, plus sûr, plus confiant certainement. Observant avec un pas de recul les délires des humains, leurs pores plein de sueur, leur pupille pétillante voilée par le poids d'une paupière supérieure plus pesante qu'il le faudrait.
Tous ceux qui se frôlent, se butinent comme les antennes des fourmis, échangeant des mots, des prénoms oubliés la seconde qui suit; tout ceux qui là, s'évadent, vers une nature plus humaine, ou bien plus inhumaine, le temps d'une emprise alcoolisée_mais qui n'en font rien.
Je crois en la conscience des êtres. En cette substance enfouie, sédiment spongieux absorbant les éclaboussures avant qu'elles ne tâchent, couche valeureuse de raison et de vrai.
Oui nous sommes beaux
Abandonnés, mais beaux. Et je souris à ce visage tenu dans mes deux paumes, et l'embrasse, dans le cou, pas sur les lèvres. C'est un autre sourire qui étend vers moi ses commissures, que je pourrais saisir, et saisir encore, indéfiniment, dans ces songes dont je n'ai jamais honte; un chapelet de dents pour lesquels je n'aurais pas, comme là, le goût âpre du tabac. Des yeux noirs, ouverts grands, qui ne jugent jamais, qui voient trouble mais savent sans demander.
...
Ecrire à ceux qu'on aime qu'on les aime. Leur dire que c'est à eux qu'on pense quand tout ne va pas bien.
Dernièrement j'ai fait de la sculpture. Le bois, c'est la tétine de mon enfance, l'essence originelle, et je me demande comment ai-je pu attendre si longtemps avant d'acheter ces ciseaux et ce morceau de planche. Graver des motifs, sans but aucun, sans autre raison que d'appréhender la matière; vider le cerveau et accéder au réel. La chair d'un l'arbre, quoi de plus tangible, quoi de plus vrai?

notes
Long voyage, avec pour objet la question du désir; là, au loin à l'Est.
Son coeur de toute manière était déjà charbon.
M'entourer de petites muses
Dont les yeux souvent clairs s'ouvrent toujours en grand, et s'ornent de pépites
Je me laisse porter, dépossédé et las, dans le picotement à peine plus perceptible des actes tragiques des unes.
Ange, tu n'as plus de sexe.
C'est peut-être soudain, dans les fumées blanches et les basses rondes qui font bondir les ventres à l'unisson, aux milieu des sourires perlés de sueur, que l'on se donne pour de vrai. Au théâtre de la superficialité, où viennent se jouer les paraître et se miser aux enchères les expectatives fabuleuses de tous les timides, ici le plus piètre des danseurs sait qu'il devient sincère à l'instant où son corps lui échappe et devient la marionnette du rythme. Et l'extase presque, quand le bonheur incontrôlé nous fend la face en air de bon idiot et le museau se tend vers le ciel pour dire merci, mon Ciel, mon Dieu, mes Rampes de Spots.
Dans les brumes opaques et le crépitement des flashs ton visage disparaît, tu parviens je ne sais comment à deviner sur mes lèvres un "tu es où?" aussi fasciné qu'inquiet, alors tu surgis, radieuse, des nuages et tes deux mains se plaquent parfaitement aux deux miennes et les tiennent écartées c'est l'instant que j'aime le mieux... mais sans savoir qu'en faire...
je n'attendais rien qu'un gros chanteur de gospel américain venu me conter Brighter Day, et il était là au centuple, le rond Kenny et sa voix fluette aux messages de paix, et puis ses grosses mains qui tiennent alors les miennes
Mercredi 31 - Dernier rêve de l'année
Nous nous retrouvons dans ce bâtiment gris, plutôt désert, comme après le travail gris d'une journée grise et normale. Nous avons beaucoup à nous dire, après tout ce temps, mais nous sommes prudents l'un envers l'autre. C'est normal puisque nous nous connaissons si peu, mais si bien au fond, et ce moment nous l'attendions comme une évidence des desseins, sans connaître l'heure de sa venue. Nous parlons comme deux amis, sincères et attentifs, et notre calme me plaît. L'instant se prolonge dans les dédales gris, et ta présence s'intensifie jusqu'au moment ou l'inconscient s'emballe et que tout dérape. L'immeuble se rétrécit jusqu'à cette maison de campagne délabrée, mais sereine, au milieu des arbres, c'est une après-midi d'une étrange lumière jaune. Le vent se met à souffler en tempête, les portes sous la poussée menacent d'exploser. Je contient tout ce que je peux, forçant tel un titan sous le poids de l'ouragan qui menace par toutes les ouvertures de violer la quiétude de son sommeil, dans la pièce adjacente, sur le canapé de fer forgé.
Dans ma lutte elle surgit alors, toute menue sous l'étoffe légère, embuée de sommeil elle frotte ses yeux et s'enquiert des événements qui lui semblent étranges. Je tais comme je peux la souffrance de ma lutte, et là elle vient enserrer mon grand dos de ses bras candides et pleins de l'indolence de la sieste. Alors mes muscles cèdent et la porte vole en éclat, et les rayons aveuglants d'un soleil immense de mois de Juillet envahissent la pièce comme un bonheur violent. Il pleut des éclats de rires.
Nous partons dans un élan délirant. Elle veux m'emmener au cinéma, elle a choisi le film et le lieu. Nous voici à Rome et le cinéma est un palais immense où se presse la foule par milliers. Les billets qu'elle choisit sont pour Clockwork Orange, dans la plus petite des salles, là-bas au fond. J'ai du mal à tenir mon ticket, mon veston, les prospectus et manuels d'explication dont on m'a chargé à la hâte. Les flux denses de la foule nous emportent, nous séparent. Elle fonce bille en tête, j'entend mal son cri où elle m'explique qu'il faut nous presser avant la séance, un protocole compliqué et notre lieu de rendez-vous. Les tapis rouges sont une montagne derrière laquelle elle a disparu, une dune immense de sable brun où je m'enlise plus encore à chaque pas.
Dans mon coeur qui s'emballe il y a une panique qui grandit au fur et à mesure que je comprend que je n'y arriverai pas. Et la boule qui est là grossit, grossit, m'étouffe, et j'ai tout le mal du monde à contenir le volume du cri que je tais. Je l'aime. Je l'aime. Je l'aime.
Je porte sur mon visage défait les restes brisés du champ des possibles. L'ouvreur qui est charmant, porté à mon secours, s'amuse de mon air déboussolé. Je dois avoir l'air si pathétique qu'il me prend sous son aile. Il me confie les secrets des Italiens, pourquoi sont-ils si sûrs, et si décontractés.
La sensation d'une larme séchée au coin de l'oeil, cet acte manqué tordant mon ventre de peine, mais fort de ces enseignements l'espoir revit et c'est plein de lui que je me réveille. Et depuis ce matin l'émotion me tient.
Violette
autrement que de t'écrire
Je n'ai pas été différent d'un brouillard informe. Incapable de lucidité, comme traversant des insomnies; cherchant la solitude comme on cherche le sommeil, la seule prescription qui puisse nous rétablir
Mais on paraît incapable de l'atteindre
Oui c'était un rêve, avec toute son inconsistance. Parfois il avait le réconfort des caresses, des moments de quiétude, de bras fébriles qui me cherchaient dans la torpeur des nuits
Et il nous tenait là, dans le demi-sommeil
Parfois il était la fureur des corps qui s'emmêlent
reprenant tous leurs droits de vivants
à même la Terre.
Un secret est un refuge où l'on se tient blotti à l'opposé du monde
Où l'on est peut-être libre, peut-être prisonnier
C'est en lui que je prenais peu à peu mes repères
et là aussi que je perdais pied
Un soir étrange nous rêvâmes que sous ton ventre, sous ma paume, il y avait la Vie
et j'ai mis du rose dans mes toiles grises.
Le hasard était grand, fantasque, et délirant et fou
Sitôt donnée sitôt prise
La pluie derrière les vitre coule de ces mêmes larmes que tes joues retiennent avec rage
J'étais là mais il fallait que je m'agrippe à ton courage
_ton positivisme délibéré
Tu es folle tu sais ? Mais tu te tiens plus droite que moi
De ce serment de ne jamais se blesser restent des illusions rompues. A l'endroit où se heurtent tes paradoxes et mon obstination à comprendre, mes angoisses et le temps qui te brûle, c'est un bonheur imaginé qui cesse, et la place laissée libre à la réalité d'une boule de peine.
Et si je m'accroche à nouveau à te manière d'avancer, alors je te dirais
Reste
Ou encore
il faut écrire

